La sagesse de Dune
Lettre du 3 avril 2024
Bonjour toi,
Il y a deux semaines, je suis allé voir le nouveau Dune au cinéma à Lisbonne.
J’étais excité comme un enfant : ayant vu à quel point les critiques étaient dithyrambiques, je savais que ça allait être un grand moment de cinéma, et ça n’a pas raté. J’étais émerveillé par la beauté de l’image, transporté par ce monde postapocalyptique sans ordinateurs, terrifié par les méchants en noir et blanc.
Mais c’est pas vraiment de ça que je veux te parler. Quelques jours plus tard, Dustin, un ami thérapeute qui co-écrit avec moi les méditations que j’enregistre en français pour 7Mind et en anglais pour Insight Timer, m’envoie une citation tirée du précédent Dune, sorti il y a 3 ans :
“Le mystère de la vie n'est pas un problème à résoudre, mais une réalité à vivre. Un processus qui ne peut être compris en l'arrêtant. Nous devons nous mouvoir avec le flux du processus. Nous devons nous y joindre. Nous devons couler avec lui.”
Cool citation, non ? Tellement, j’ai trouvé que je me suis dit que ce serait bien d’en faire une méditation, qui contiendrait les affirmations suivantes :
1. J'observe le désir du mental de rendre l'incertain certain, sans le nourrir.
Le mental cherche sans cesse à savoir ce qu’il va se passer demain. Il croit qu’il a besoin de savoir. En découlent stress et angoisse. Alors je fais quoi ? Je fais un pas en arrière. Je respire. J’observe mes pensées, sans les nourrir. Et je redirige doucement mon attention vers l’ici et maintenant.
2. L'inconnu n'est pas un ennemi – c'est le cadeau qui rend la vie vivante.
Je parle pas de Pascal Legitimus et de Didier Bourdon, hein, même si, que je sache, eux aussi ne sont pas des ennemis. Non, je parle du grand mystère. Quand vais-je mourir. Vais-je réussir mon projet. Pourquoi machine ne me répond pas. Etc. Si le mental pouvait avoir gain de cause, et qu’on sache tout ce qu’il adviendra, ce serait ennuyant. L’incertitude est un cadeau. C’est elle qui rend la vie excitante. L’ennemi, c’est la partie du mental qui résiste à l’instant présent et veut tout contrôler.
3. Ce qui compte le plus n'est pas où je suis, mais la direction dans laquelle je vais.
Tout est mouvement, tout change. Quand ça ne va pas – quand par exemple je laisse la colère prendre le contrôle, et que je dis ou fais des choses que je regrette ensuite, je joue à un petit jeu : je m’imagine que je viens d’atterrir dans mon corps, et au lieu de me répéter en boucle que je n’aurais pas dû, que je suis vraiment trop nul – cad de stérilement me maltraiter pour mes actions passées – je visualise comment j’éviterai à l’avenir de répéter ma connerie. Je fais un pacte avec moi-même de mettre cette évolution en application quand l’occasion se présentera. La culpabilité n’est bonne qu’à nous empêcher de trouver le courage de progresser.
4. J'observe la tendance du mental à résister au moment présent, sans la nourrir
Le mental veut plus, il voulait autre chose, il ne veut pas attendre, il s’était dit un truc et un autre se passe, il trouve toujours une raison de casser les c&*#^@ – pardon, je voulais dire, de nous enquiquiner. Mais la vie, ce qu’elle veut, c’est ce que l’on vit, là, maintenant. Si je regarde la vague qui arrive et que je rouspète que je veux en surfer une autre, je vais boire la tasse. Mouvons-nous avec le flux du processus, tabernacle.
5. Je commence toujours par accepter ce qui est
C’est-à-dire, j’observe le mental qui dit Non, et je dis « merci, mais non merci, mental, je vais plutôt dire Oui ». Et ensuite je fais au mieux avec ce qui est là. Du mieux que je peux je tâche de transformer le plomb qui m’est donné en or. Je danse avec ce qui est.
6. Je traite le plaisir et la douleur avec une curiosité égale
Au lieu de ne vouloir que le plaisir et d’essayer d’éviter la douleur à tout prix. Si je me désidentifie du mental, je peux me décoller, reculer, observer. Si j’arrive à relâcher mes attentes (comme quand je veux le plaisir du temps libre et que je me retrouve avec la douleur d’avoir quelque chose d’apparemment relou à faire) je peux transformer l’angoisse en curiosité. Questionner ce qui se présente à moi. Me demander pourquoi la vie me sert ce plat, ce que je vais pouvoir en retirer. Et découvrir des plaisirs cachés dans ce qui me semblait initialement douloureux.
7. Je remercie la vie pour l'opportunité d'expérimenter mon corps aujourd'hui.
Oui, purée. On prend souvent notre corps pour acquis. Il est notre expérience d’incarnation. Il est magique. Il ne durera pas éternellement. Il y a des années j’avais vu dans la salle de bain de mon pote Jeremie la phrase « Mon corps est un temple » et je m’étais dit être si loin de ça. Bien moins aujourd’hui, et c’est tellement plus cool.
8. Je ralentis.
Parce que si je vais trop vite, je suis l’esclave du mental qui veut cocher des cases, et je passe à côté de tous les cadeaux que la vie sème sur mon passage, si seulement je veux bien prendre le temps de les recevoir. Comme la conversation qui ne sert à rien avec la personne que je ne reverrai jamais. Complètement inutile et donc rigoureusement indispensable, comme le disait naguère Jérôme Bonaldi.
9. Je suis un avec tout, je suis un avec la vie.
La conscience découvre sa création – la vie – à travers moi.
Je suis elle et elle est moi.
Je suis elle et je suis toi.
Plus je donne et plus je reçois.
Bref, j’ai adoré Dune.
Ça te parle ?
Je t’embrasse fort,
Jo