Je me suis encore bloqué le dos

Lettre du 10 décembre 2026

Pourtant je n’étais pas en train de soulever les 16 kilos que pèsent mon fils. Je n’étais même pas en train de tenter un smash endiablé sur le terrain de pickle, comme la dernière fois que je me le suis bloqué.

J’étais juste en train de remettre mon pantalon.
Dans le vestiaire du spa d’un hôtel.

Et puis crack, les lombaires, une sensation que je connais oh-trop-bien. Un léger désalignement au début mais qui annonce des jours de douleur et de mouvements limités.

Ça faisait presque 7 mois que Jeanne et moi n’avions pas eu une nuit à deux en amoureux. C’était censé être un rare moment de kiffe et de détente. Le lumbago tombait sacrément mal.

Au début j’ai senti l’éruption volcanique émotionnelle : la colère de ma partie Adolf, le sentiment que “le monde s’acharne contre moi” de ma partie Calimero, le besoin qu’on voie bien à quel point je souuuffre de ma partie Beyoncé. D’autant que je sortais à peine d’une crise aux lombaires qui avait duré deux semaines. Cela faisait des années que je n’avais pas subi une telle rechute.

Puis, se frayant doucement un chemin au milieu de mes parties belliqueuses, une autre voix se fait entendre. Celle du Moi Supérieur, de la Vie : « Jo, tout est magique, tout est en synchronicité. Tu te bloques le dos pour une raison. Vas-tu réussir à comprendre laquelle ? »

Et là je le vois comme le nez au milieu de la figure : mon corps me dit stop. Non, il me dit STOOOOOP. Arrête de courir. Arrête de faire 10 000 trucs. Arrête de croire que tu ne seras digne d’amour que si tu performes.

Comme souvent, la leçon n’est pas nouvelle, mais j’ai l’impression de l’entendre différemment. De la recevoir mieux.

Je repense à la thérapie IFS que je fais en ce moment, dans laquelle j’ai la clarté qu’actuellement, le boss de fin de niveau du jeu vidéo de ma vie, c’est la partie que j’ai appelée Lapin Blanc, d’après le personnage d’Alice au Pays des Merveilles qui court sans cesse, qui a peur d’être en retard. Ma peur de manquer, ma croyance que plus vite j’avancerai, mieux ce sera.

En IFS on apprend à écouter nos parties, à leur parler, puis à leur assigner une nouvelle fonction, plus bénéfique pour elles et notre système. J’ai beaucoup parlé à Lapin Blanc récemment, il m’a dit vouloir se poser dans un transat au soleil avec un cocktail, je lui ai dit mais bien sûr, j’ai même fait faire une image de lui dans un transat par ChatGPT que j’ai fièrement collée dans mon bureau. Ma partie Bon Élève me disait que je faisais bien mon taf IFS, la preuve en était cette image du lapin au soleil.

Mais là, à l’hôtel, je vois comme je suis con. Oui d’accord c’est bien les visualisations que je fais en IFS, mais à quoi ça sert si je continue à courir comme un fou ? C’est moi qui ai besoin de poser mes fesses dans un transat’ pu%&* !

Cette année j’ai fini l’écriture d’un livre en anglais, mon premier, mais comme le chemin vers la publication semblait lent, j’en ai écrit un autre dans la foulée, en français. J’ai créé des dizaines de méditations pour Insight Timer, j’ai déménagé, voyagé des semaines entières pour le travail… je prends des cours de portugais, de yoga, de tennis, d'échecs… J’ai deux autres livres en projet, un training en ligne, des ateliers sur Zoom… Sans parler de mon infatigable enfant de trois ans. Ah, et la dernière idée en date... un chien !

Mon corps m’a déjà dit stop, mais je ne l’ai pas écouté. Alors il répète.
Cette fois je l’entends. Et enfin je décide d’agir.

J’efface de mon téléphone ma nouvelle addiction du moment, l’appli Notes. Ces derniers temps, je suis passé d’une to-do papier à une multitude de to-dos sur Notes. Dès qu’une idée me traverse j’y vais, j’ajoute, je supprime, je réorganise, j’optimise. Il aura fallu des mois pour que l’évidence de la toxicité de cette nouvelle prison que je me suis créée moi-même me saute aux yeux.

Je vais retourner à mon carnet. Prendre le risque d’oublier une idée, une tâche administrative ou un truc qu’il faudrait que j’aille rechercher.

Deuxième résolution, liée à mon téléphone sur lequel je ne passe pas, je crois, tant de temps que ça, mais que je check des dizaines de fois par jour : j’enlève la couleur, je le passe en noir et blanc. J’avais entendu qu’on pouvait faire ça. Et c’est assez radical : mon bel iPhone ressemble désormais à un vieux truc qui donne beaucoup moins envie.

Troisième résolution : pour la première fois de ma vie, moi qui ne suis quasiment jamais malade, je me mets en arrêt. Du 11 décembre au 11 janvier, je ne ferai plus que ce qui est absolument essentiel. Pas de nouveau projet, pas de cours de ci ou de ça. À la place, mon challenge, et pour moi pas des moindres : le rien.

J’espère que mon rien ressemblera à des moments l’après-midi où je me permettrai de lire un livre simplement divertissant, pas quelque chose qui me fait « avancer ». Voire une BD ! Ou de la poésie.

Aller marcher sans mon téléphone. M'étirer. Méditer.

Regarder dans le vide.

Je ne sais pas si je vais y arriver ! Je te tiendrai au courant.

Et toi, est-ce que ton corps t’envoie actuellement un message que tu n’as pas encore vraiment envie d’entendre ?

Passe de belles fêtes et prends soin de toi.

Avec amour,
Jonathan