Hier matin, j'ai eu honte

Lettre du 26 novembre 2026

Je n’ai pas fait quelque chose de grave, mais c’était franchement pas idéal.

On est dans la cuisine, Jeanne, Salva et moi, c’est l’heure du petit dej.

  • Chérie, tu te souviens que ce soir j’ai ma session de thérapie familiale, avec ma mère et ma sœur ?

  • Oui, bien sûr, et moi d’ailleurs demain j’ai la session en ligne de mon groupe de Path of Love (la retraite thérapeutique extraordinaire dont Jeanne est revenue récemment).

  • Ah oui, oui, c’est vrai. Et jeudi je vois Jérémie, tu te souviens, il est de passage au Portugal ?

  • Oui mon amour, et moi ce weekend, j’ai mon workshop de chant.

  • Euh… quoi ce weekend ? Quand ce weekend ? Mais je suis pas au courant !

  • Bah si tu sais, c’est de 16h à 21h samedi et dimanche ?

  • Quoi ??? Mais je savais pas, tu m’avais pas dit ?!? Et on fait comment ???

Ce workshop de chant, c’était mon idée, Jeanne en rêve depuis des années, c’est moi qui l’ai trouvé d’ailleurs. Mais je n’avais pas fait gaffe aux horaires. Les weekends peuvent être intenses avec Salvador, et un bref instant je me suis senti abandonné, arnaqué, démuni. Et pour me défendre, mon système nerveux est passé subitement en mode combat.

J’ai embarqué Jeanne dans mon stress. On s’est engueulés. On est rentrés en mode comptabilité. C’était pas beau.

Et c’était totalement de ma faute. Évidemment que je peux passer le weekend avec mon fils, que ce sera super, et que je suis ravi de soutenir mon amoureuse. D’autant qu’il m’arrive régulièrement de prendre des moments pour moi. Mais sur le moment je n’ai pas réussi à réfléchir comme ça : j’ai réfléchi avec la peur, avec égoïsme. Je me suis vu seul à devoir porter la responsabilité de notre petit, fatigué.

Je m’en suis rendu compte assez vite, et j’ai tâché de m’excuser auprès de Jeanne, de lui faire un bisou, de lui dire que bien sûr c’est sans problème pour le workshop, mais il était trop tard, elle était activée, il allait lui falloir un peu de temps pour redescendre.

J’ai eu honte. Moi qui ai l’impression de tant progresser, de mieux aimer, de moins compter, là j’ai glissé, et j’ai eu une réaction mesquine. Alors je suis là, à me demander pourquoi j’ai réagi comme ça. À entendre ma partie Mr. Perfect me dire que je suis nul : que c’est bien beau de se croire spirituel si c’est pour agir de la sorte.

Cinq, dix, quinze minutes passent, et je suis dans cet état, déçu de moi-même, la tête baissée, en échec. Salvador est en train de danser et de rigoler, et au lieu de kiffer avec lui, j’alimente cette auto-détestation que je connais trop bien, et vers laquelle je retourne régulièrement, en dépit du travail que je fais pour mieux m’aimer depuis plus de dix ans.

Puis je me rappelle une leçon importante, apprise il y a quelques années déjà, mais que j’avais complètement oubliée sur le moment : me pardonner. Pas pour justifier mon comportement mais pour arrêter de m’auto-flageller inutilement.

Je suis le seul à pouvoir me pardonner. Je me rappelle que mes erreurs ne sont pas que des obstacles mais aussi des occasions de progresser. Qu’il est crucial de savoir se pardonner. D’entendre les réclamations de nos parties perfectionnistes sans leur donner trop d’énergie.

Je reviens à nouveau vers Jeanne. Mais l’énergie est différente : je ne cherche plus qu’elle m’absolve, je l’ai fait moi-même. Pardon chérie, c’était con. Je suis trop content que tu fasses ton workshop. Et là elle sent que je me suis vraiment calmé, que je suis revenu en parasympathique. C’est pas grave mon chéri, merci pour tes mots.

On fait tous des conneries et j’en fais des bien plus grandes que celle-là. Pas utile de trop ruminer, mais plutôt d’observer, et de tâcher de mieux faire la prochaine fois. Comme un enfant qui apprend à marcher, tombe, se relève, et reprend. Sans se dire qu’il est un horrible bébé qui ne saura jamais tenir sur deux pieds.

La vie est plus simple quand on se lâche un peu la grappe. Quand on relâche l’illusion de la perfection.

Est-ce qu’il y a quelque chose pour laquelle tu ne t’es pas encore pardonné(e) ? Est-ce que tu peux essayer ?

Love,

Jo