Parfois j'ai honte, parfois pas du tout

Lettre du 9 mars 2026

Parfois j’ai honte, parfois pas du tout.

Il y a dix jours, premier atelier en ligne. Cinq minutes avant, le wifi plante. Au moment du lancement, les cafouillages techniques continuent : je ne vois pas les participants, puis j’oublie d’en admettre de la salle d’attente, j’omets l’enregistrement alors que j’ai promis un replay. Je deviens tout rouge, je balbutie : non mais que vont penser les gens, j’ai trop honte. Heureusement, après un quart d’heure tout allait bien.

Mais c’était un sale quart d’heure.

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Hier on était à la plage avec Jeanne. Notre pote Romain, qui tient un beach club sur la côte au sud de Lisbonne, nous racontait les dures conséquences de la succession de tempêtes qui a frappé le pays. Au fil du récit, il s’assurait qu’on suivait. Il me parle du vent du nord-ouest qui souffle sur la côte comme si c’était connu, mais moi je dis : ah non je ne savais pas. Il me parle du phénomène de l’érosion, des plages qui rétrécissent, je l’interromps : euh ça non plus je ne connais pas trop. Les marées, les matériaux de construction… vas-y, dis-m’en plus.

À la fin de l’échange, il nous dit qu’on devrait se voir quand il fera beau. Il viendra avec sa famille chez nous à Sesimbra, on se fera un barbecue.
— Euh… faudra que tu me montres, lui dis-je, car je ne sais pas me servir d’un barbecue.

Une fois Romain parti, Jeanne se moque un peu de moi : non mais t’as pas peur, toi, de dire autant de fois que tu sais pas ?

Bah non, lui réponds-je. Tu vois, je sais que je sais plein de trucs que d’autres ne savent pas, et que je ne sais pas plein de trucs que d’autres savent. Sur ce point-là je m’aime comme je suis. Et j’ai appris que le meilleur moyen d’apprendre, c’était de dire : « Je sais pas. »

Parfois j’ai honte, parfois pas du tout. Mais globalement j’ai beaucoup, beaucoup moins honte qu’auparavant. Car depuis dix ans je suis en plein dans le chantier de l’amour de moi. Gros chantier, loin d’être terminé, en mode Sagrada Familia, mais qui avance pourtant super bien. Comme quand il me permet de faire qu’un sale quart d’heure ne dure pas trois jours.

Avec amour,

Jo